L’appel de Bordeaux pour lutter contre les hépatites virales B et C – AFRAVIH 2018

Au cours de l'AFRAVIH 2018, 9ème conférence internationale francophone qui s'est déroulée du 4 au 7 avril à Bordeaux, l’appel de Bordeaux en faveur de la lutte contre les hépatites virales B et C a été fait et lancé à la signature

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AFRAVIH 2018

L’alliance francophone des acteurs de la santé en lutte contre le VIH et les infections virales chroniques (AFRAVIH), réunie à Bordeaux du 4 au 7 avril 2018 à l’occasion de sa 9ème conférence internationale :

  • dénonce les insuffisances des politiques de lutte contre les hépatites virales chroniques B (VHB) et C (VHC)
  • souligne l’urgence de la situation sanitaire mondiale de ces affections virales
  • et demande une réaction immédiate des gouvernants pour le renforcement des mesures de prévention, de dépistage et de traitement pour le contrôle de ces deux maladies afin d’atteindre au plus vite les objectifs fixés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Le constat

  • Avec près de 1,4 million de morts par an et 328 millions de personnes infectées, les hépatites B et C dépassent aujourd’hui les trois grandes endémies - VIH, tuberculose et paludisme - tant en nombre de décès que de personnes affectées.
  • Selon les dernières données de l’OMS, seulement 9 % des personnes vivant avec le VHB (0,3 % en Afrique) et 20 % de celles vivant avec le VHC (6 % en Afrique) connaissent leur statut sérologique ; 8 % des personnes diagnostiquées avec une hépatite B sont traités et 7 % de celles ayant une hépatite C.
  • Quatre nourrissons sur dix recoivent la vaccination contre le VHB dès la naissance et seulement un sur dix en Afrique.

État des lieux de la réponse

  • Les objectifs fixés par l’OMS pour 2030 sont : diagnostiquer 90 % des patients atteints d’hépatite C ou B et traiter 80 % des malades.
  • Malgré l’engagement de l’OMS lors de son assemblée générale en 2016 et le sommet mondial de Sao Paulo en novembre 2017, aucune mesure d’envergure n’a encore répondu objectivement à l’ampleur des besoins.
  • Les stratégies de dépistage et de prise en charge sont insuffisantes voire inexistantes.
  • L’accès aux traitements des hépatites B et C est une exigence conforme au droit d’accès aux médicaments essentiels :

    • Le ténofovir est rarement disponible et accessible pour traiter l’hépatite B sauf pour les personnes co-infectées VIH/VHB.
    • Le coût des médicaments anti-VHC est beaucoup trop élevé pour répondre aux besoins des stratégies d’éradication.

Les hépatites B et C sont une urgence mondiale et un défi lancé à la communauté internationale : prévention, diagnostic et médicaments existent et peuvent rapidement inverser ces pandémies.
Faisons en sorte qu’ils soient accessibles partout et pour tous.

A cet effet, nous demandons :

1. Une mobilisation politique :

  • L’inscription de la lutte contre les hépatites B et C dans toutes les politiques nationales de santé.
  • L’instauration de stratégies nationales conjointes de prévention, dépistage et prise en charge des infections B et C et du VIH.

2. Un renforcement des politiques de prévention :

Ce renforcement concerne : la vaccination contre l’hépatite B, la prévention de la transmission verticale, la sécurisation des produits biologiques, des dispositifs, des actes de soins et des pratiques rituelles, la protection renforcée des personnels de soins, la réduction des risques chez les usagers de drogues et la promotion de la santé en s’appuyant sur les acteurs communautaires.

3. Une stratégie active de dépistage :

  • Le dépistage des hépatites B et C doit être proposé précocement à toutes les populations les plus affectées selon les pays et selon les recommandations internationales.
  • Les tests de diagnostic rapide doivent être mis à disposition à large échelle.

4. Un accès aux traitements pour tous :

  • Les traitements courts qui guérissent l’hépatite C doivent être accessibles sous forme de génériques ou à des tarifs compatibles avec les économies des pays.
  • Le traitement de l’hépatite B chronique par le ténofovir doit être disponible à des prix raisonnables et adaptés comme pour le VIH.

5. Une mobilisation mondiale pour le financement de ces programmes :

  • Des financements innovants, nationaux et internationaux doivent répondre à l’urgence des besoins de prévention, de dépistage et de traitement.
  • La lutte contre les hépatites B et C doit être inscrite dans les dispositifs internationaux de financement comme le Fonds Mondial, GAVI et Unitaid.
  • La mise à disposition des médicaments génériques doit être renforcée.

6. L’intensification des efforts de recherche vers la guérison de l’hépatite B :

  • Les agences de recherche en santé doivent s’engager pour la mise au point de solutions visant à une guérison de l’hépatite B, en partenariat avec les industriels.
  • Des collaborations internationales comme l’ICE-HBV (International Coalition to Eliminate HBV) doivent faciliter ce processus.

7. Un renforcement des politiques d’information des citoyens, de respect des personnes et de formation des professionnels :

  • Le renforcement de la lutte contre toute forme de discrimination des personnes atteintes est indissociable des stratégies de prévention, dépistage et prise en charge dans toutes les populations vulnérables. Pour les usagers de drogues, l’accès aux seringues et autre matériel d’injection stérile ainsi qu’aux méthodes de substitution doivent être renforcées
  • Une politique d’information des citoyens sur les risques de ces maladies et les stratégies de prévention et de prise en charge accessibles à tous doit être développée dans tous les pays.
  • L’information et un renforcement des formations des professionnels de santé aux stratégies de prise en charge diagnostique et thérapeutique sont indispensables.
  • Les communautés et toutes les personnes concernées doivent être impliquées dans ces politiques et les faciliter.

LIRE L’APPEL DE BORDEAUX

Ont rédigé la déclaration de Bordeaux :

Isabelle Andrieux-Meyer, Marc Bourlière, Michel Bourrelly, Gilles Brücker, François Dabis, Victor de Lédinghen, Serge Eholié, Christine Katlama, Karine Lacombe, Philippe Morlat, Stanislas Pol, Coumba Toure Kane, Gilles Wandeler

Avec l’appui de :

  • Raymonde Goudou Coffie, Ministre de la santé et de l’hygiène publique, Côte d’Ivoire
  • Abdoulaye Diouf Sarr, Ministre de la Santé et de l’Action sociale, Sénégal
  • Nicolas Meda, Ministre de la Santé, Burkina Faso
  • Moustapha Mijiyawa, Ministre de la Santé et de la Protection Sociale, Togo
  • Alassane Seidou, Ministre de la Santé, Bénin
  • Pierre Somse, Ministre de la Santé et de la Population, République Centrafricaine
  • Samba Sow, Ministre de la santé, Mali